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Retour à la rubrique de la petite histoire du Cap-Sizun Juges, esclaves et négriers en Basse-Bretagne 1750 - 1850 par Annick Le Douguet
Livre préfacé par Kofi Yamgnane, ancien ministre, député du Finistère et
vice-président du Conseil Général du Finistère Editeur : Le douguet annick
Dans cet ouvrage, marqué par la richesse et la qualité de la recherche, elle s'attache à faire revivre par des exemples tirés des archives une réalité longtemps cachée et que certains intellectuels souhaiteraient garder sous le boisseau. Il est vrai qu'elle renvoie aux Bretons une image peu flatteuse de leur passé. Cependant c'est tout à l'honneur d'Annick Le Douget d'accomplir ce devoir de mémoire. L'histoire ne saurait être censurée, quels qu'en soient les aspects. La culpabilité n'est pas héréditaire. Au contraire c'est en assumant sa mémoire collective qu'un peuple cimente son identité, accepte sa diversité et bâtit son avenir. C'est pourquoi, à défaut d'être fiers du passé esclavagiste de leurs aïeux, les Bretons du 3ème millénaire doivent assumer l'histoire qui leur a été léguée. L'auteur lève le voile sur les agissements de ces officiers de marine et de ces bourgeois marchands qui, débarquant à Brest ou à Morlaix, exhibaient avec une parfaite bonne conscience leur butin de jeunes Africains réduits à l'état de domestiques forcés. Dans cette société coloniale de l'Ancien Régime, l'opinion publique, encouragée par les autorités civiles et religieuses, était persuadée de la supériorité de l'homme blanc. Le Code noir n'avait-il pas fait des esclaves de simples biens mobiliers, à la totale discrétion de leur propriétaire. Lorsque Louis XVI interdit, en 1777, la venue des esclaves en France et demande leur renvoi dans les îles, ce n'est pas par bonté d'âme. Il craint la naissance possible d'un esprit d'indépendance chez ces jeunes Africains et par dessus tout l'horreur d'unions mixtes, déjà ! Où sont les barbares ? La pointe de Bretagne ne fut pas impliquée dans la traite à l'échelle de Nantes ou de Bordeaux. Cependant, à travers des campagnes comme celles du "Triomphant", de "l'Utile" ou des navires brestois et aussi par l'épisode du naufrage du "Duc de Choiseul" à l'Ile de Sein, Annick Le Douget analyse avec précision les caractéristiques du trafic négrier et la complexité du commerce entre le Finistère et l'Afrique. La conscience abolitionniste émerge lentement en Basse-Bretagne et si Théophile-Marie Laennec, procureur du roi à Quimper, n'hésite pas à condamner dès 1778 "la barbarie des Européens", il semble bien isolé face à tous ceux qui tirent profit de la traite. L'abolition sous la Révolution n'aura que peu d'effet sur les consciences finistériennes semble-t-il, d'autant plus que Napoléon Ier s'empressera de rétablir l'ordre ancien dès 1802. Brest reçut ainsi plusieurs centaines de déportés venus de Guadeloupe et dont certains formèrent les premiers bataillons de chasseurs africains, jetés plus tard dans la guerre, au bénéfice de la France. Même après la condamnation de la traite par le Congrès de Vienne en 1815, la Cour d'assises de Quimper fut encore bien clémente à l'égard des capitaines négriers. Les intellectuels bretons furent quant à eux, le plus souvent, très ambigus sur la question de l'esclavage, oscillant entre condamnation et défense. Après le décret du gouvernement provisoire de la 2ème République qui proclame en 1848 l'abolition de l'esclavage, le Finistère demeure encore bien silencieux. Il faudra attendre la fin du XIXe siècle et la première croisade chrétienne anti-esclavagiste du cardinal Lavigerie pour que les consciences populaires se réveillent. Par ce travail de mémoire, Annick Le Douget participe de façon éminente à la mobilisation des consciences voulue par l'Assemblée Nationale le 18 février 1999 lorsqu'elle condamne solennellement la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité. Les députés ont voulu faire œuvre de réparation en réhabilitant la mémoire de toutes les victimes et de tous les résistants confrontés à cette longue et terrible tragédie. Ce sont des ouvrages tels celui-ci, fruit d'une recherche approfondie, qui peuvent vaincre l'oubli et l'indifférence. Si tant est que cela est possible, ce livre participe à rendre un peu de justice et de dignité à des dizaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants, vendus pour que leur force de travail enrichisse quelques uns. Encore aujourd'hui l'Afrique subit les conséquences de cette gigantesque saignée sur son développement. Ceci n'empêche pas un esclavage moderne de perdurer dans plusieurs états d'Afrique et d'Asie. Cependant, dans les pays riches, la recherche du profit maximum par des sociétés peu regardantes sur le recrutement et la protection sociale de leur main- d'œuvre, porte également atteinte à la dignité des plus faibles : femmes, enfants, travailleurs clandestins exploités sans vergogne. La lutte contre toutes les formes d'exclusion et d'injustice liées au racisme et à la xénophobie est toujours d'actualité. Souhaitons que ce livre soit une clé vers plus de tolérance et d'ouverture à l'autre, dans le respect des différences et le désir de vivre ensemble. Table des matières :Les esclaves noirs en Bretagne
La traite des Noirs à Brest et à Morlaix. L'émergence d'une conscience abolitionniste en Bretagne
Les consciences bretonnes sur l'esclavage et la traite des Noirs ou le long chemin de l'abolition
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