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L'architecture gothique
PhilosophieL'Europe des XIIème et XIIIème siècles est hantée, d'une part, par le rêve de l'unité et de l'ordre et d'autre part, par l'idée de la raison et de la volonté divine. Une symbolique forteSi le style Roman est une architecture de l'humilité dont les bâtiments ont généralement pour principale fonction d’abriter une communauté monastique souvent repliée sur elle-même et encline à la contemplation, le gothique s'illustre au contraire dans des lieux publics et assume également une fonction de représentation. La cathédrale gothique, construction la plus emblématique du style, est une image de la Jérusalem céleste. C'est autant une invitation à l'élévation spirituelle qu'une manifestation du pouvoir et de la grandeur de Dieu et de l'Église. Un livre de pierreC'est une œuvre politique. Commanditée par un évêque et financée par les nobles et les notables elle est un outil de prestige comme en témoignent les tentatives parfois déraisonnables d'élévation. La flèche de la cathédrale domine toute la plaine et se voit donc de loin. La statuaire et l'iconographie richement colorées, illustrent les évangiles et les valeurs morales de l'Église de manière compréhensible par tous. Il s'agit donc d'un fantastique outil pédagogique et dogmatique auprès de la large audience qu'elle peut accueillir. La cathédrale gothique est aussi l'expression de la connaissance d'une caste d'architectes qui mêle la plus haute technologie de la pierre à une mystique ésotérique. Les secrets de conception et de réalisation de ces merveilles architecturales sont jalousement gardés au sein d'une confrérie dont les origines mythiques remontent à Hiram, l'architecte du Temple de Salomon. L'architecture gothique est déterminée par un réalisme platonicien : raison, amour mystique et observation de la matière. Elle devient un art aristocratique et populaire à la fois. Il est le miroir du monde et de l'âme. Il est basé sur un jeu de volumes, de vides, des effets de lumière et des éléments décoratifs. Technique
La révolution gothique est survenue au moment où les avancées techniques ont rendu possible la réalisation de cet idéal philosophique. Les impératifs du plan en croixSi l'arc de plein cintre fondateur du roman donnait satisfaction pour la construction d'une nef simple munie d'une voûte dite en berceau, il était cependant risqué de la croiser d'un transept. Il en résultait, aux diagonales de l'intersection, des arc elliptiques aplatis beaucoup plus fragiles. L'effondrement la coupole de l'église Hagia Sophia à Constantinople avait illustré ce problème. La solution fut de munir les diagonales d'arcs de plein cintre et d'approcher par une construction géométrique simple la projection orthogonale de ces arcs vers les deux nefs. L'arc brisé aux trois quarts constituait une approximation très satisfaisante et facile à mettre en œuvre sur le chantier à une époque où l'architecture était tracée en vraie grandeur plutôt que mesurée. Cette approximation est souvent observable à une légère déformation de la voûte de la croisée. Une architecture de lumièreDe plus, le style roman s’est développé principalement au sud de la Loire, où la luminosité permettait ses ouvertures limitées et ses jeux de contraste entre ombre et lumière. Au nord, ce parti pris structurel aurait rendu les bâtiments trop sombres et lugubres, des ouvertures plus grandes doivent être envisagées pour laisser pénétrer la lumière. L'arc de plein cintre ne permet pas de percer des ouvertures suffisantes pour laisser pénétrer la lumière à laquelle aspire le gothique car le report latéral des forces est trop important et on ne peut envisager d’élever la voûte sans renforcer les murs pour supporter la poussée résultante. En revanche l’arc brisé et la croisée d'ogives permettent de canaliser les forces et de les concentrer sur des piliers. Les murs n’ont donc plus à supporter le poids de la structure qui est concentré sur une ossature ogive – piliers - arc-boutant. Les voûtes et les flèches peuvent donc s’élever. Tout est élan vertical et la lumière devient si abondante qu'on peut jouer à la colorer par des vitraux. L'une des réalisations les plus audacieuses de l'architecture gothique est la Basilique Saint Urbain à Troyes ou la finesse de la structure est extrême. Le retour aux entablements que préconisa la Renaissance correspond à la perte progressive de l'art empirique du tracé au profit d'une architecture calculée et mesurée. Palladio en sera le grand initiateur. Il faudra attendre Gustave Eiffel pour retrouver toute la légèreté des structures gothiques. HistoireHarfleur, dans l'agglomération du Havre, église et maisons à colombages On situe le début du gothique vers les années 1130-1150 en Ile de France, région des alentours de Paris. Originaire de France, ce nouveau style est intitulé art français ou francigenum opus. Il se répand progressivement en Europe occidentale, avec des variantes locales propres à chaque contrée (Angleterre, Espagne, Scandinavie, pays germaniques ....) et évolue dans le temps, du gothique dit «primitif» au gothique «flamboyant». Mais à la fin de la Renaissance, cette nomination changea. Le mot «gothique» fut utilisé en premier par les Italiens pour désigner l'art de la fin de Renaissance qui imitait l'art français du Moyen-Age. C'est Giorgo Vasari qui, en 1550, sera le premier à employer cette appellation. Ce terme avait une connotation péjorative, car les Humanistes de la Renaissance souhaitaient un retour au classicisme,c'est-à-dire aux formes dépouillées et pures de l'Antiquité. Ils étaient donc effarés par ces constructions qui ne respectaient pas les canons de la période de l'Antiquité, période qui, pour eux, était un modèle de perfection. Les artistes de la Renaissance choisirent donc le mot "gothique" pour signifier que cet art était digne des «barbares». Or les Goths étaient une ancienne peuplade germanique du Nord, des barbares, dont les armées avaient notamment envahi l'Italie et pillé Rome en 410. Le mépris pour cet art fut tel qu'il fut projeté de détruire la Cathédrale Notre-Dame de Paris pour la remplacer par un nouvel édifice. Ce projet ne put cependant se concrétiser lorsque la Révolution éclata. La vente ou l'abandon des biens de l'Église que celle-ci provoqua entraîna cependant la disparition de nombreux chef d'œuvres de l'architecture gothique, dont notamment l'Abbaye de Cluny. Lorsqu'au XIVème siècle naquit le mouvement romantique, l'intérêt pour l'ensemble du Moyen-Age, y compris l'architecture gothique se développa, et ce mot perdit cette connotation négative. Il désigne aujourd'hui un mouvement artistique qui s'est étendu, plus ou moins selon les régions géographiques, de la moitié du XIIème siècle jusqu'au début du XVIème siècle. Les différentes formes
Intérieur de la cathédrale de Sées, Basse-Normandie : galeries d'arcs en ogive, caractéristiques de l'art gothique PériodesLe gothique primitifL'architecture gothique naît à Morienval et à l'abbatiale royale de Saint-Denis. Elle possède encore des traits de l'art roman et s'en distingue par la voûte d'arêtes. Les églises ont une élévation à trois étages, grandes arcades, galeries et fenêtres hautes. Les voûtes sont généralement sexpartites avec alternance de piles fortes et de piles faibles. C'est le style des cathédrales de Sens, Noyon, Soissons, Laon, Paris (la nef). Le gothique rayonnantL'expérience acquise par les architectes pendant la période du gothique primitif a montré que la charge des voûtes étant dirigée par les arcs d'ogive vers les piliers, les murs peuvent être évidés pour faire mieux pénétrer la lumière dans les édifices. Pour compenser la diminution de solidité qui pourrait en résulter, et augmenter la quantité de lumières pénétrant dans le bâtiment, on transforme progressivement les contreforts massifs en arcs-boutants de plus en plus hauts et à volée de plus en plus longue. C'est la période des grands chefs d'œuvre : Chartres, Amiens, Reims, Bourges, Paris (le chœur). La technique du vitrail atteint une de ses apogées : les rosaces et les grands vitraux couvrent des surfaces déjà considérables. Le gothique flamboyantGothique flamboyant, architecture civile, Palais de justice de Rouen. Le gothique flamboyant continue l'augmentation de grandes surfaces vitrées et donne une importance de plus en plus grande à la décoration sculptée qui peut devenir exubérante. Il s'illustre, notamment, dans les églises Saint-Maclou à Rouen, Saint-Urbain à Troyes, la Sainte-Chapelle à Paris. Certains éléments sont intégrés à des monuments existants tels que la Tour de Beurre à la Cathédrale Notre-Dame de Rouen. Le gothique tardifA la jonction de la Renaissance, l'architecture a poussé à l'extrême ses possibilités techniques et si la structure reste gothique, la décoration sculptée prend un caractère baroque et tourmenté (colonnes torsadées de l'église de Gisors) pendant que le vitrail s'affadit et fait même place aux vitrages clairs. Formes localesLe gothique angevinElle se distingue par des façades différentes de celles d'Ile-de-France, qui comportent trois portails. Le chevet ne comporte pas non plus systématiquement d'arcs-boutants (comme la Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers dont le chevet est un simple mur vertical). Mais ce sont surtout les voûtes qui caractérisent le gothique angevin: la voûte angevine présente un profil très bombé, alors que la voûte francilienne est plus plate. Pourquoi ? Dans le style gothique d'Ile-de-France, la clef de voûte est à la même hauteur que les clefs de ses arcs de construction (arcs doubleaux et arcs formerets) ; le style gothique angevin présente une différence de hauteur très marquée entre la clef de voûte et les clefs des arcs formerets et doubleaux, ce qui provoque son creusement. Parmi les plus beaux exemples de voûtes angevines : cathédrale Saint-Maurice d'Angers, et ancien Hôpital Saint-Jean d'Angers (actuel Musée Jean-Lurçat). Le gothique normandUn exemple de gothique normand : tour-lanterne de l'église abbatiale de Fécamp, haute de 65 mètres
La Normandie a été très tôt associée au mouvement gothique. Une des spécificités du gothique normand est la présence, au-dessus du transept, d'une «tour-lanterne» construite dans de nombreuses grandes églises et dans presque toutes les cathédrales de la province (Cathédrale de Coutances, de Rouen, abbatiale de la Trinité à Fécamp ; la Cathédrale de Sées n'en comporte pas. Cette architecture a grandement influencé l'art gothique en Angleterre.
Le gothique perpendiculaireTypiquement britannique, le gothique perpendiculaire voit le jour vers 1340, lors de la transformation du chœur de la Cathédrale de Gloucester et de la construction de son cloître. Voûtes en éventail Ce style se caractérise par une redéfinition des volumes intérieurs et des masses extérieures. De grandes baies distribuent largement la lumière dans les salles et les nefs, suivant des lignes horizontales et verticales qui sont à l'origine du terme perpendiculaire. Apparaissent également les voûtes en éventail (fan vaultings) qui cassent le verticalisme des lignes architecturales, créant un effet dynamique et très décoratif. Ces voûtes sont particulièrement remarquables dans les chapelles Henri VII de l'Abbaye de Westminster, Saint George de Windsor ou encore du King's College de Cambridge. À l'extérieur, les arcs-boutants sont supprimés. Abandonné vers 1520, le gothique perpendiculaire connaîtra un certain regain dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le « Sondergotik »Eglise Sainte-Marie de Lübeck (briques)
De nombreuses églises allemandes ont adopté le style gothique et plusieurs de ses réalisations dans les pays germaniques sont des oeuvres d'art exceptionnelles (Cathédrale de Cologne, au plan adapté de celui d'Amiens, Cathédrale d'Ulm (plus haute flèche gothique en pierre du monde), Fribourg en Brisgau etc. dans un style peu différencié de la France. Au nord de l'Allemagne, la pierre fait place à la brique (c'est le "Backsteingotik" à Lübeck, Stralsund, Dantzig ...).
Dans certains édifices les différentes nefs peuvent être de même hauteur, d'où le nom d' «église-halle».
Le gothique italienL'Italie n'a pas complètement intégré l'art gothique venu du nord. Le seul monument religieux vraiment gothique de ce pays est la cathédrale de Milan. Pour ce qui d'autres églises, telles les cathédrales de Sienne ou d'Orvieto, seuls des éléments décoratifs, qui ne sont pas la «substance» de l'art gothique, sont repris et largement adaptés. Le gothique espagnol
À Séville, le monumental minaret de la mosquée désaffectée depuis la Reconquista s'est vu flanqué d'une cathédrale gothique tardive qui restera la plus vaste du monde. Ses dimensions impressionnantes ont été autorisées par un allégement dû à l'absence de charpente permise par une faible pluviosité. Les cathédrales du nord de la péninsule (à Burgos, Leon) sont des transpositions de l'art gothique français. La cathédrale de Palma de Majorque se caractérise par un volume intérieur exceptionnel et des voûtes reposant sur des piliers excessivement élancés. Exemples de bâtiments représentatifs de l'architecture gothique
Source : Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
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